Quand une myriade de violences s'accumulent

 

Sylvie Meyer a 53 ans et deux fils.

 

L’histoire débute comme tant d’autres. Une relation s’est étiolée. Les individus s’étaient distanciés. Ils ne se voyaient plus. Ils ne se touchaient plus. Il n’y avait de place que pour les responsabilités et les routines qu’elles commandaient.

 

Puis l’un est parti, alors que c’était un peu le tout de l’autre. À son grand étonnement, elle n’a pas senti d’état de choc. Inconsciemment, elle savait que c’était fini. Aucune réaction. Pas de pleurs... rien. Elle a continué et continue toujours comme avant, juste sans lui. Elle continue de se rendre au travail et de s’occuper de ses fils. Comme si rien n’était advenu, sauf qu’une toute petite brèche avait été créée.

 

Son patron, éternellement exigeant, lui lègue la lourde responsabilité d’observer ses collègues, de les surveiller afin de dresser des listes. Les « utiles » d’un côté, les « nuisibles » de l’autre. Parce que ça ne roule pas bien à l’entreprise. Elle doit donc les classer en sachant bien que ceux dont le nom se retrouve dans la liste des nuisibles seront licenciés. C’est une violence étouffée, subtile. Mais une violence, tout de même.

 

Elle s’est soumise à son ordre, quand il veut quelque chose il la flatte suffisamment pour qu’elle obéisse. En effectuant le sale boulot, elle se surprend à croire qu’elle a un pouvoir et a envie de plus. Et la faille devient de plus en plus grande. Après, alors qu’il se dit insatisfait de la manière dont elle accomplit sa mission, il l’engueule, longuement, avec des mots assassins. Et elle craque. Un bon jour, elle se présente à l’usine et séquestre son patron.

 

Dans la vie de couple, mais également dans sa vie professionnelle. Une vie individuelle, elle n’en a pas. Il est de ces cultures, pratiques ou croyances où, lorsqu’on forme un couple, on n’est plus qu’un. L’individu est soudain disparu, mort au combat. Et justement, ce type de vision de la vie de couple cause énormément de frustrations, de refoulement de soi et abouti sur une implosion ou une explosion.

 

Même si ce que décrit Nina Bouraoui est un processus relativement commun, sans la séquestration, bien sûr, je n’ai pas réussi à trouver Sylvie sympathique. Je ne l’ai pas trouvée antipathique non plus, cependant. Simplement, je l’ai trouvé si coincée que ça m’agaçait par moment. Bien sûr, c’est un truc très personnel. J’avais envie de lui dire de relaxer, de respirer, etc. Combien de fois j’ai croisé dans ma vie personnelle ou professionnelle des gens qui ne se donnaient pas le droit de respirer, de dire non. Qui ne se donnaient pas le droit d’être imparfait, d’être tout court. C’est une des plus grandes violences qui existent et ça, Nina Bouraoui l’a bien exprimé. C’est pour cela que sa soumission aux demandes, aux conventions m’a tant dérangé. Parce que c’était prégnant.

 

Pourquoi « otages » au pluriel si elle n’a pris que son patron en otage? Parce qu’avec toutes ces violences parsemées dans le quotidien (le patron qui flatte, exige, met dans des positions délicates et humilie; les conventions sociales et stéréotypes de rôles; les classes sociales et la hiérarchie bien présente en France, pour le cas qui nous occupe) font en sorte que plusieurs personnes se sentent séquestrées dans une vie sans désir, sans plaisir, qui n’est pas celle qu’ils souhaitent.

 

Je sais qu’en cette période de confinement, on préfère peut-être attendre avant de lire ce roman. Cependant, vous pouvez l’ajouter sur votre liste de lecture à faire quand vous en aurez envie. Un roman qui donne envie de sortir de sa cage.

 

 

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