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Une touchante histoire de détermination pour Valérie Langlois

Pour son nouveau roman, Valérie Langlois a changé de genre et de maison d’édition. Autrice de deux romans historiques, elle nous présente cette fois un roman inspiré de ce qu’elle a vécu depuis la publication de La dernière sorcière d’Écosse, paru au début de 2014. En effet, celle-ci n’a pu assister au lancement de son deuxième bouquin, car elle était plongée dans un coma médicamenteux afin de préserver son cerveau des dommages que lui affligeaient de nombreuses crises d’épilepsie.

 

Je dois vous dire d’entrée de jeu que je « connais » Valérie Langlois. On s’est rencontrées lors Salons du livre, on a conversé plusieurs fois par l’entremise des réseaux sociaux bien avant d’échanger sur nos réalités de personnes atteintes de maladies auto-immunes ayant des conséquences neurologiques. Je tiens à souligner que cette chronique est rédigée avec le plus d’objectivité possible, car j’ai fait un point d’honneur de lire le roman comme si je n’en connaissais pas l’autrice (bien sûr, des biais inconscients sont peut-être survenus, je suis humaine après tout ;-) !).

 

 

Salomé Gauthier se réveille dans un lit d’hôpital avec aucun souvenir de ce qui l’a amené là. Elle a du mal à comprendre, ne peut pas parler à cause d’une trachéotomie et est sanglée au lit. Un horrible cauchemar. Sauf que ce n’en est pas un. Elle apprend qu’elle a été plongée dans un coma parce qu’une mystérieuse maladie s’est attaquée à son cerveau. Elle a perdu l’habileté de parler, de marcher, de manger et d’écrire. 

 

Elle souffre d’un solide sentiment d’impuissance, car son corps ne lui répond que très peu. Lentement et avec beaucoup de volonté et de persévérance, elle doit tout réapprendre. Cela prendra de longues semaines ainsi que de nombreux tests et appels à Londres et aux États-Unis pour se rendre compte qu’elle possède un anticorps extrêmement rare – il n’y a que 20 cas répertoriés au monde de gens qui ont dans leur corps l’anti GABA-A. C’est lui le coupable qui s’attaque à son cerveau. On suit dans Salomé dans son ardu cheminement pour retrouver une vie digne de ce nom.

 

Le récit est ponctué de retours dans le temps, à l’époque de sa jeunesse, alors qu’elle travaillait dans un organisme venant en aide aux personnes en situation de handicap. C’est là qu’elle a rencontré Édouard Murray, qui apparemment est devenu son ami plus de 20 ans après qu’ils se soient perdus de vu (Salomé ne se souvient pas de lui). Ces retours en arrière donnent un rythme au roman qui est superbement rédigé, Valérie Langlois n’ayant rien perdu de sa capacité à nous raconter une histoire. Je vous dis, à la lire, elle ne semble pas avoir perdu de capacités intellectuelles et cognitives. Toutefois, je sais que cela a dû être parfois ardu à écrire, la fatigue, la recherche du bon mot, etc.

 

Le tout donne un roman palpitant, inspirant qui, tout en reconnaissant les moments de découragements devant les très nombreuses épreuves, ne tombe jamais dans le pathos. Il est toujours bon de se rappeler que la vie telle qu’on la connaît ne tient qu’à un fil. En prime, on a une intrigue amicale/amoureuse qui vient donner du corps à l’histoire. Les personnages sont originaux et attachants. La page manquante n’est pas qu’une histoire de « résilience », c’est également un roman vachement bien écrit qui traite de maladie et ses répercussions dans toutes les sphères de la vie. Dans sa vie professionnelle, elle est pigiste, dans sa vie de mère monoparentale, dans la vie de ses proches ainsi que sa vie amoureuse. En fait, Valérie Langlois n’escamote rien.

 

Bravo, Valérie, tu m’as touché en même temps qu’entraîné dans l’histoire de ce bel alter ego! Ta détermination m’impressionne, même si je sais très bien que l’on partage la même vision de la question du courage. Entre s’apitoyer et dépérir et se bouger le popotin pour retrouver le plus de capacité possible… le choix est clair. ;-)

 

EXTRAIT : 

 

« Mars 2014 

Il faut sortir du néant pour réaliser qu’on existe.
Qu’on ouvre les yeux, que, tout à coup, on perçoive la 

lumière. L’air. 

La douleur. 

Dans notre sommeil, notre conscience est active. Nous rêvons, nous bougeons. 

Dans l’abîme, il n’y a rien.
On n’existe pas.
Je m’éveille au son du tic-tac du cadran, mais n’ouvre 

pas les yeux immédiatement. Je me sens groggyet inconfor — table. Le passage rythmique des minutes m’indique que je dois me lever bientôt, avec dif culté, comme trop souvent ces derniers temps. Je ne suis pas quelqu’un de matinal. Je ne l’ai jamais été. Mais, depuis un bon moment, mettre les deux pieds au sol le matin est devenu une tâche parti — culièrement ardue. 

Avec mon boulot, les voyages qu’il exige, l’hypothèque et mes deux enfants, j’ai investi la moindre miette de mes nances. Ma maison, vue de l’extérieur, a des airs de décrépitude. Le balcon avant semble vouloir s’effon — drer avec ses planches pourries, les pierres de maçonnerie décoratives s’effritent, et la porte d’entrée aurait besoin d’être changée. Les buissons ont l’air d’une jungle, mais je n’ai ni le courage ni l’énergie d’en prendre soin. Vu ma capacité à tuer des cactus, je ne me vois vraiment pas me lancer dans la taille de rosiers. 

Non, je n’ai pas la force de bouger. 

Entre l’ombre et la lumière, je laisse les secondes s’égrener. Il y a déjà tant à faire avant de me mettre au boulot ! 

Mon rôle de maman m’appelle. Je dois préparer les boîtes à lunch. 

Péniblement, j’ouvre les yeux. Ma vue est trouble. Je n’arrive pas à bien voir, mais le mur n’a pas la couleur vert tendre de ceux de ma chambre à coucher. Il est plutôt d’un blanc terne, teinté de gris, écaillé par endroits. Ce n’est pas mon réveil qui bat la mesure comme un métronome, mais une horrible petite chose ronde dont je ne distingue pas les aiguilles. 

Où suis-je? 

Mon regard se dirige vers la fenêtre. Je ne vois qu’un pan de mur de brique beige, à l’extérieur, et quelques ocons de neige qui virevoltent. 

Puis je perçois un autre bruit régulier tout près de moi. Je pivote légèrement la tête. Un ventilateur mécanique ! L’appareil m’insuf e de l’air dans les poumons grâce à ce petit truc en forme d’accordéon qui s’élève et s’affaisse à quelques secondes d’intervalle. Juste au-dessus, plusieurs moniteurs rendent compte de mes signes vitaux. Que m’est-il donc arrivé? Un accident de voiture? 

Mon Dieu ! Mes enfants ! 

La panique s’empare de moi à l’idée qu’il ait pu leur arriver quoi que ce soit. 

Où sont-elles?
Où sont mes lles?
Je ne me souviens de rien ! L’angoisse vient et repart aussitôt. 

Sentant une bosse incommodante dans mon dos, j’es — saie de bouger. Je ne peux pas. Mes mains sont attachées à l’aide de sangles de cuir doublées de faux mouton xées aux ridelles d’un lit d’hôpital. J’ai des tubes partout. Dans les bras, dans la gorge, dans le nez, dans la vessie, même à travers la trachée ! Ma chevelure est prisonnière d’un bonnet trop serré sous mon menton, d’où plusieurs câbles émanent, branchés à l’un des moniteurs. 

Je tente à nouveau de bouger. Une grosse ceinture de cuir épais me maintient à la taille. Je gigote, je suis angoissée. Je déteste me sentir coincée ! 

Plus terrible encore est ce sentiment de perte de contrôle, d’impuissance. Je ne suis qu’un corps souffrant, sans parole ni geste. Je suis terri ée, les idées me quittent aussitôt après m’avoir ef eurée. Je n’ai pas le temps d’y avoir accès ni de les traiter. Je sais que, même sans tous ces tubes, je n’arriverais pas à former une phrase cohérente. 

Je tente de crier, mais aucun bruit ne sort de ma gorge. 

Après ce qui me semble une vie de solitude et d’affole- ment, une in rmière se présente. La dame est petite, elle a peut-être une cinquantaine d’années, elle est vive. Elle chantonne un air populaire et entreprend de changer une poche de uide transparent qui s’écoulera dans mon corps par la pompe qui sonne depuis quelques secondes. »

 

 

 

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