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Un excellent roman de Deni Ellis Béchard

February 7, 2019

 

 

 

 

Note :Je crois important de spécifier que j’utiliserai, avec un certain malaise, les dérivés de la famille du mot « race » dans ce texte, malgré que la science a démontré que le concept de race ne s’applique pas aux êtres humains. J’en aurais long à dire à ce sujet, mais ce sera sur une autre plateforme. ;-) Voilà qui est dit.

C’est avec enthousiasme et grande curiosité que je me suis lancée dans la lecture de Blanc, de Deni Ellis Béchard. Mon père étant né au Congo-Brazzaville, juste de l’autre côté du fleuve de la République démocratique du Congo. Disons que c’était un élément de plus pour stimuler mon intérêt de lecture.

 

Le dernier roman de Deni Ellis Béchard présente le journaliste Deni Béchard qui s’envole pour Kinshasa, en République démocratique du Congo, pour traquer un mystérieux militant écologiste sans scrupule qui se cache dans une forêt de la RDC. Il planifie rédiger un papier sur l’homme, autour duquel des rumeurs de pédophilie et de corruption circulent à foison. Alors qu’il est à bord de l’avion qui le mènera à sa destination, il rencontre Sola, une anthropologue américaine, qui lui parle d’une jeune fille blonde aux yeux bleus vivant dans la rue, s’exprimant en lingala et prétendant être possédé par le démon qui lui a jeté un sort en la transformant en Blanche. Le sujet étant trop alléchant pour passer à côté, il assistera Sola dans la recherche de la jeune fille, envisageant également de faire un topo sur elle. Ces deux quêtes tumultueuses, emplies de dangers dans un monde qui a des airs du Far West le mettront face à la corruption, aux croyances animistes, à des tensions « raciales » et à la maladie.

 

Il ne sert à rien de se raconter des histoires, le racisme et la xénophobie sont partout et Deni Ellis Béchard en fait la démonstration avec Blanc. On constate que même chez les travailleurs humanitaires et activistes blancs pour la conservation de la faune en Afrique il y a, dans la façon de voir et de concevoir les Noirs, une certaine forme de racisme, de classification des êtres. Partout à travers le monde, le privilège blanc est toujours là, quasi inébranlable. Souvent Subtil, mais omniprésent. La manière dont l’auteur traite la question du racisme en fait l’affaire de chaque individu.

 

Qui parle d’Afrique et de hiérarchisation sociale parle automatiquement de colonialisme. Mais n’oublions pas que les conquêtes ont touché tous les continents. Notre propre histoire en est constituée. Les colons Français ont « maté » les autochtones, puis les Anglais ont fait de même, ainsi qu’avec les francophones. Cette réalité est inscrite dans notre inconscient collectif. Ça aussi, Béchard l’aborde. À travers du récit de la vie de son père, un Québécois qui jugeait les francophones faibles devant les anglophones et qui a quitté la province puis le pays pour échapper à cette dynamique qu’il exécrait, il démontre que les affres du colonialisme sont partout et perdurent dans le temps. 

 

Toutefois, Blanc n’est pas seulement qu’à propos du racisme et il serait dommage de le réduire qu’à cela. La thématique plus large abordée par Deni Ellis Béchard est l’identité. Au-delà du fait d’appartenir à la construction sociale qu’on nomme race, l’individu définit et construit son identité à partir de plusieurs éléments. 

 

Hormis les intrigues qui s’entrecroisent dans une toile habilement tissée et une galerie de personnages bien campés, la grande qualité du roman de Béchard réside en le fait que le personnage principal (ainsi que l’auteur, on le sent) ne porte pas le typique regard d’Occidental blanc sur l’Afrique. Il a un réel souci de se départir de ses jugements à l’égard de la culture, du vécu des Africains. Un souci obsessif qui le suit à chaque souffle. Béchard, le personnage, est tellement obnubilé par le besoin d’être une bonne personne, exempt de préjugés sur les autres (quels que soient leur origine ou leur rôle), mais également sur lui-même. Malheureusement pour lui, c’est tout simplement impossible. Il y aura toujours un moment où l’on interagira avec quelqu’un à partir d’impressions ou d’interprétations de ses paroles, de ses mouvements, de ses vêtements, de son comportement ou autre. L’être humain est ainsi fait. Et cette quête, je crois, l’empêche parfois de saisir des occasions d’aller plus loin, d’entrer réellement en relation avec des individus ou parfois de saisir certains enjeux. Cependant, pour le lecteur, ça le rend attachant. 

 

Chaque personnage amène à Béchard (son alter ego dans le roman) des visions complémentaires ou différentes qui l’aident un peu à cheminer dans ses questionnements. Ainsi, l’auteur amène le lecteur à s’interroger sur ses propres jugements à l’égard des autres, sur sa conception de personnalité, sur qui il considère être, sur ses perceptions, ses préjugés et surtout sur son sens d’identité. Sans pousser outrageusement. Il ne suggère pas de réponses, laissant chacun la liberté de faire les réflexions ou non, de prendre position ou non. En présentant un personnage doté d’une très bonne capacité d’introspection, il aide le lecteur à faire de même.

 

Une lecture où l’on est totalement dépaysé, tant par la culture que par les nombreux questionnements que le roman soulève et qui pète carrément la bulle de ceux qui croient qu’on peut être exempt de préjugés.

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